Visite de MCM, originalité et qualité (juin-juillet 1996 pour Auto Modélisme N°8)

Venu à l'automobile miniature par amour du dessin industriel, Christian Gouel travaille discrètement à l'écart de l'actualité. Sa devise : bien faire sans jamais dépasser ses possibilités. Résultat : les modèes MCM sont aussi rares que beaux, aussi originaux que fidèles.

Christian Gouel est né le 29 septembre 1954 à Dieppe (Seine Maritime). Normand pure souche, fier de ses origines, il n'a guère quitté la Seine inférieure puisqu'il est aujourd'hui établi à Rouen. Comme beaucoup de gamins, il découvre le monde de la maquette vers l'âge de 10 ans à travers un cadeau familial. Il s'agit d'un avion Caudron en balsa qu'il prend beaucoup de plaisir à monter. Son bonheur est tel que dans la foulée il part s'acheter une maquette plastique. Puis, définitivement atteint par le virus, il se met à "bidouiller". Son adolescence est marqué par le pèlerinage annuel au circuit voisin des Essarts. "C'était la belle époque de la voiture. Les plus grands champions venaient à Rouen et j'en garde des souvenirs précis, tels le programme de 1967 dédicacé par tous les pilotes, des photos des Brabham-Honda F2 ou une discussion très animée entre Graham Hill, Jim Clark, Dennis Hulme et Jackie Olivier." Dans un tel contexte, à peine rentré à la maison, la première Dinky Toys ou Solido qui faisait l'affaire était condamnée à subir l'outrage de l'araldite. "J'avais 14 ans et tout ce qui traînait dans l'atelier paternel (un ancien pilote d'avion) était susceptible  de devenir partie prenante d'une maquette." Mais Christian a une seconde passion : le dessin, ou plus précisément les différents types de dessin. Il est autant fasciné par une belle nature morte que par un plan très compliqué? Pour lui, le maquettisme n'est que le passage en trois dimensions d'un dessin. Ce n'est donc pas par hasard si sa scolarité s'infléchit vers l'enseignement technique avec, au bout du compte, un BAC maths-technique, une licence de maths et même un bout de BTS bureau d'étude. Mais, en 1975, il est déjà difficile de trouver du boulot même avec ce genre de bagage. Si l'enseignement lui offre son premier bulletin de paye, très vite Christian se retrouve dans une société de transport où il reste 3 ans. Stabilisé côté vie quotidienne, il peut laisser parler le collectionneur qui sommeille en lui. En cette fin des années 70, il trouve son bonheur dans les kits John Day, de Francesco de Stasio ou de André-Marie Ruf. Mais tous ces braves gens présentent à ses yeux un grave défaut : ils ignorent cette Voisin Laboratoire qui le fascine et dont il veut à tout prix une reproduction au 1/43°. Puisque personne ne s'occupe d'elle, le voilà qui se lance dans sa première réalisation sérieuse, une miniature de la Voisin, entièrement en laiton. Et là survient le déclic : pourquoi ne pas en commercialiser une petite série?

Artisan

Mais avoir l'idée est une chose. Arriver à la concrétiser en est une autre car cela suppose de résoudre de nombreux problèmes pratiques, à commencer par celui du fondeur. Ceux-ci ne sont ni nombreux ni très intéressés. Couler quelques miniatures ne constitue pas un travail intéressant. Finalement, c'est dans le milieu qu'il trouve son salut. La société qui s'occupe des AMR accepte de mouler une centaine de pièces que Christian monte le soir au coin du feu. Nous sommes en 1981 et l'aventure MCM vient de débuter. Officiellement, la société est créee le 1er décembre 1981 et 130 Voisin montées constituent sa première activité. Pourquoi MCM? "C'est 1900 en chiffres romains, mais on peut aussi y voir la contraction de Christian et Monique associée au mot Maquette ou Miniature ou Modèle, comme vous voulez." Car Christian n'est pas seul impliqué dans l'affaire. Son épouse s'est mise en congé de l'administration pour le seconder. L'orientation initiale de la gamme laisse à penser qu'il vaut mieux retenir 1900 comme idée de base. A l'époque Christian Gouel passe en effet pas mal de son temps libre au musée du Bec-Hélouin, laissant son imagination vagabonder parmi les voitures du début du siècle. Il y trouve des Bugatti dont une Brescia type 22 qui va devenir son second modèle. Il rencontre également une 35A, propriété d'un bugattiste fervent qu'il servira, elle de base pour un exercice de style au 1/8 entièrement en laiton et en aluminium. Elle est restée la propriété personnelle de Christian Gouel qui a choisi cette échelle en référence aux travaux de Christian Huet dont les maquettes l'ont toujours impressionné. Mais il faut vivre et penser à la gamme MCM. En 1982, celle-ci s'enrichit d'une troisième référence, une Bugatti type 30 du GP de France 1922 couru à Strasbourg. Dans la foulée, une BB Peugeot de 1912, les Bugatti T50 des 24 heures du Mans 1935, deux versions de la type 16 de 1912 puis une Ferrari 166 Inter Touring 1949 sont offertes aux collectionneurs, soit comme kit classique soit comme produit fini. L'affaire semble bien lancée. La sortie d'un spyder Ferrari 166 Farina est l'objet d'une sérieuse "prise de bec" dans les colonnes d'AUTO Hebdo entre votre serviteur et la famille Gouel. Plus de 20 ans plus tard, avec le recul du temps, chaque partie admet que la passion est vraiment mauvaise conseillère. La Ferrari n'était pas terrible mais pas pire que nombre de kits anglais ou italiens d'alors, sur lesquels on découvre aujourd'hui d'énormes erreurs ou approximations. Mais, à cette époque-là, le problème majeur de MCM n'est pas celui du respect des lignes de telle ou telle voiture mais celui de la fonderie de ses kits. La société chargée de l'opération n'arrivant pas plus à fournir les qualités promises dans les délais convenus, MCM change de fournisseur. Il croit trouver ce qu'il cherche dans l'Est de la France, mais la qualité proposée n'est pas celle désirée. La famille Gouel vit des jours difficiles et tout est réuni pour un arrêt fr l'activité. Mais à toute chose, malheur est bon. Christian et Monique se retroussent les manches, prenant une nouvelle décision capitale : "Puisque personne ne peut assurer les fonderies, autant devenir autonome et réaliser nous-mêmes ce travail. La société mettra deux à trois ans pour s'en remettre mais la situation était simple : c'était progresser ou crever!"

Autonomie

Les protos étant déjà maison, lorsque MCM s'équipe de sa propre fonderie en juin 1985, il devient un des rares artisans français du métal blanc à maîtriser à 100% sa fabrication. De quoi bouleverser la vie de la société. Ainsi, un an plus tard, arrive la série "Queen"s qui va non seulement restaurer l'image de la marque mais aussi dissocier MCM des autres gammes artisanales. "Avec les "Queen's, on retrouve l'esprit qui présidait  la sortie de la Voisin. De l'original, travaillé dans le détail, quitte à n'intéresser qu'un petit nombre. Je suis amateur d'histoire du sport automobile et trouve logique de commencer à m'y intéresser par son début." Le petit texte qui annonçait  la première Queen's s'était ainsi rédigé : "Queen's propose aux collectionneurs des modèles tout montés bénéficiant d'un très haut niveau de finition, d'une présentation luxueuse sur socle de chêne verni avec plaque d'authentification en série strictement limitée à 100 exemplaires numérotés." En fait, certains modèles seront produits en 125, voire en 150 exemplaires effectivement tous numérotés. Sans chercher à se marginaliser, Christian Gouel tient à se démarquer des autres artisans qui, selon lui, empilent Ferrari sur Ferrari. "Nous aurions pu réaliser une GTO beaucoup plus détaillée que celles qui sortaient alors mais, philosophiquement, il n'en étauit pas question." Symboliquement, il choisit la Mercedes GP 1914 comme première Queen's. Dix ans auparavant, cette voiture, la première John Day, avait donné le signal de l'arrivée du phénomène kit. La Mercedes sera suivie de la Bugatti 59 GP de Pau, le modèle le plus recherché de la gamme dont un exemplaire s'est échangé à plus de 7000 FF lors d'une récente vente aux enchères. Techniquement, malgré des essais concluants, Christian refuse la résine pour rester fidèle au métal blanc, plus noble à ses yeux. En fait, l'homme a du caractère et MCM ne sera jamais confondu avec la foultitude des autres séries artisanales. De toute façon, vu les gammes développées, il ne risque rien. Car, parallèlement aux voitures de Grand Prix du début du sièble, il s'intéresse aux camions d'avant-guerre. "Pour leur côté purement esthétique". Un exercice qui vaudra à MCM de remporter le Trophée Objectif Plus 1985 (toutes catégories confondues) avec le Berliet CAK 1912. En fait, il lance une série d'attelages militaires de la Grande Guerre baptisée "les camions de la Voie Sacrée", composée d'un Berliet CBA, d'un Renault EG, d'un Latil TAR, tous avec leurs remorques. De son côté, la gamme MCM poursuit son bonhomme de chemin avec comme nouveau principe directeur, à partir de 1990, de rassembler des voitures vues au Mans entre 1923 et 1939. Bentley, Lorraine ou Lagonda ont ses faveurs mais MCM ne se limite pas pour autant aux seuls vainqueurs, comme le prouvent la Delahaye V12 de 1938, ne série de Talbot type 90 de 1930 ou une Bugatti T40 de la même année...

Voilà donc monsieur et madame Gouel devant une production qui ressemble à un hydre. D'un côté MCM, disponible aussi bien en kit que tout monté, de l'autre une série Queen's fondée autour de cent pièces montées numérotées et, au milieu, quelques poids-lourds et véhicules d'incendie des années 1910-1920. Entre les trois aucune différence à la conception, tout au moins lors de l'élaboration du prototype toujours assurée par "le patron". Simplement, après avoir dessiné un plan en trois vues, souvenir de sa passion pour le dessin industriel, il va plus ou moins loin dans la reproduction des détails. Bien entendu, les Queen's sont les mieux traitées mais allez donc simplifier une grande échelle Delahaye 1914 où tous les détails sont apparents! D'ailleurs, c'est à cause d'une trop grande similitude entre ses différents produits que la gamme Queen"s est arrêtée en avril 95, après la sortie de la Bugatti type 59 Grand Prix des Comminges 1939. Arrivent les Top Queen's dont le standard de qualité est bien supérieur. "Je suis attiré par le moteur, les suspensions, les circuits de freins ou de refroidissement, autant de détails qui ne peuvent apparaître en miniature que su l'ont peut enlever la carrosserie. C'est de là qu'est partie l'idée actuelle des Top Queen's." Autre différence majeure : celles-ci sont également disponibles en kit pour satisfaire les collectionneurs n'ayant pas le budget pour s'offrir du tout monté dont le prix oscille autour de 1600 FF. La première référence de cette nouvelle série est l'Auto Union type C 1936 présentée dans AUTO Modélisme n°7.

Aujourd'hui la marque rouennaise semble donc avoir trouvé une voie définitive. Reste que, malgré toutes les améliorations, apportée au fil des ans, rien n'est jamais définitivement acquis. Ainsi, la crise économique actuelle n'est pas des plus favorables pour le développement d'activités comme l'artisanat de miniatures automobiles. Or l'ensemble des revenus de la famille Gouel sort des ateliers MCM. Il faut donc assurer l'essentiel. Pour, cela, le rôle de chacun est parfaitement défini: "Les protos sont mon domaine. Pour le métal blanc, il faut passer par le laiton. Dans ce cas-là, il y a deux techniques. Soit partir de la feuille de 15/10 et faire de la mécano-soudure ce qui est mon cas vu qu'avant guerre on travaille sur des formes simples, soit travailler selon le principe de la cire perdue. Dans ce cas, je commence par le châssis puis passe aux train roulant pour équilibrer d'entrée. Arrivent ensuite et dans l'ordre le détail du moteur, des accessoires s'il y en a et enfin de la carrosserie." Selon le degré de sophistication recherché, la réalisation d'un proto demande de huit jours à cinq semaines. Une fois celui-ci terminé, Christian n'a que quelques mètres à faire pour attaquer la phase mise au point du moule. Là pas d'innovation : il suit le procédé classique qui débouche sur une pièce en silicone dont la place est au centre de la centrifugeuse. A madame d'agir. Celle-ci n'a bien sûr aucune formation particulière et a tout appris sur le tas, rencontrant en dix ans pas mal de surprises. "Le métal blanc c'est de l'anecdote permanente mélangée à de la cuisine. Il y a des moules sur lesquels je n'arrive à rien alors que mon mari ne rencontre aucun problème. Cela peut dépendre de la forme du jour." Au fur et à mesure que sortent les pièces, Christian assure la préparation des montages, poste important puisque la recette est assurée à 70% par les modèles montés. "J'entends aux propos autour autour de la centrifugeuse si j'ai été trop loin dans mon propos. Ce sont les carrosseries qui posent le plus de problèmes, du fait de leur dimension, de leur volume et des histoires de plans de joint que cela génère." La peinture se fait par série de quantité de variable pour les kits et de cent pièces lorsqu'il s'agit d'une Top Queen's. Pendant ce temps, madame s'occupe des problèmes commerciaux et administratifs, ce qui laisse du temps à son époux pour penser au prototype suivant. Bon an mal an, il ainsi une nouvauté par mois du 71 rue Saint Julien, chiffre surprenant lorsqu'on regarde la gamme MCM.

Sous traitance

En fait, la société a une face cachée qui finit d'assurer l'essentiel. Il s'agit de la sous-traitance pour le compte d'autres artisans. Un principe qui remonte à la nuit des temps puisque dès 1984 MCM réalise une Bugatti 40 pour le Hollandais Replicars. Suivent ensuite une type 40 Sahara pour Immocars avant la rencontre avec Georges Alderman, un Américain qui lance la série Dust and Glory en juillet 1989. Les normands lui feront 7 modèles, tous originaux. Depuis septembre 1990, MCM a fourni à l'Orangerie Moderne, un magasin Versaillais, une vingtaine de Bugatti différentes (en fait l'arbre généalogique de la type 35) et des châssis nus des deux types de Ferrari F1 1961. Après un intermède consacré à l'Automobile Club d'Auvergne pour le compte duquel il exécute la Brazier 1905 à l'occasion d'un anniversaire de la Coupe Gordon Bennet (juin 1991), il travaille pour Tron (Alfa P1), Le Chat Botté, Nestor, Jade, Fyp, les Amis du 1/43, Provence Moulage (montage de kits entre 88 et 89) et, tout récemment, pour le Phoenix. En fait, cette activité s'est développée au fil des ans et, en  1996, sur la douzaine de nouveautés attendues, il n'en aura que 5 à porter la griffe MCM (deux Top Queen's et trois MCM) contre sept ou huit pour les autres. Mais plus le temps passe, plus Christian Gouel limite cette sous-traitance à la seule fonderie, refusant la conception et la réalisation des prototypes. De plus, il réserve à ses produits le principe des séries montées. Le problème est qu'aujourd'hui MCM n'arrive pas, dans sa structure actuelle, à suffire à la demande. Car à vouloir se démarquer, les Rouennais se sont fait leur place dans le milieu de la collection. Et les fidèles attendent avec impatience ce programme 96 riche chez Top Queen's d'une Bugatti 45 (mai), de l'Alfa Bimotore (septembre) puis d'une Mercedes-Benz W125 ou W154 pour les fêtes. Chez MCM, la Bugatti 44 du Mans 34 devrait précéder la Bentley-Lagonda de 1939 et la Bugatti Brescia de 1923. Une surprise n'est pas à exclure car Christian veut à tout prix faire évoluer l'image de sa marque. Pour cela, il envisage de s'intéresser à l'immédiat après-guerre! Car il refuse l'étiquette "MCM=Bugatti". "Certes c'est le fil rouge de la marque mais presque par obligation. En réalité, notre fond de commerce c'est la course. Et dans la période 1900-1939 qui nous intéressait à nos débuts, impossible d'ignorer Bugatti. Ceci étant, si dans les Queen's il y a trois Bugatti, on y trouve autant de Peugeot ou une Walter Christies que je n'oserai pas fabriquer aujourd'hui. Les gens sont de plus en plus exigeants et surtout ont été habitués à une certaine qualité. Ils n'admettraient pas une éventuelle régression et je pense qu'en évoluant avec le temps, MCM pourra facilement confirmer qu'il reste dans le coup." En plus, se limiter aux seules années 20 ou 30 donne de soi une image de "vieux" qui peut nuire commercialement. Or, par qualité apportée à son travail, MCM est loin d'être dépassé. Au contraire, c'est par certains côtés un exemple pour nombre d'artisans.

Depuis la rédaction de cette article, la suite de l'histoire... (par MINI-AUTOS)

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