Visite de CCC, un article de Jean-Marc Teissèdre (mai 1999 pour Auto Modélisme N°36)

Ca C'est Chouette!

Préférant Salmson à Ferrari, privilégiant les petites marques françaises aux grands classiques de l'histoire de l'automobile. Georges Pont est à la base de plusieurs gammes de kit dont la caractéristique commune est l'originalité. Pourtant son activité première est de fabriquer pour les autres.

"Si vous n'avez pas peur du désordre, vous pouvez toujours venir" Georges Pont n'est pas contre l'idée de nous recevoir, simplement prévenant. Alors tant pis pour le fouillis et en route pour la Normandie, plus exactement Rouen où CCC est établi depuis maintenant quinze ans. En fait, comme chaque année à la mi-février, Georges Pont nous a alléchés lors de Rétromobile en exposant la totalité de son programme 99. "C'est une habitude chez moi, justement parce que je ne suis pas quelqu'un de public. Ce salon est une occasion unique de faire connaître mes produits et puis, pendant un an, je disparais." Effectivement, son antre n'a rien d'un laboratoire spatial. Alors que la plupart des artisans auxquels nous avons rendu visite jusqu'ici transformaient, au moins pour une demi-journée, leur atelier en clinique, Georges Pont reste nature. Un vaste balayage d'un geste ample du revers de la manche et voilà une partie de la table principale transformée en support de studio photo. Derrière nous, une partie du stock, devant nous des prototypes en attente de finition, sur notre gauche des travaux d'une époque passée figés tels des monuments à la gloire d'on ne sait quel maquettiste inconnu, manifestement il n'y a pas tromperie sur la marchandise : le dépaysement annoncé est bien effectif. Situé relativement près du centre ville, mais suffisamment loin de toute agitation pou se croire en pleine campagne normande, CCC semble en manque d'espace dans son local qui n'est autre qu'un ancien cabinet dentaire. De la place, il y en a, car un rapide tour des lieux nous fait découvrir, tour à tour, le local de moulage, la pièce fonderie, le couloir où sont rangés les moules et entassés les pièces en attente d'être mises en boite, où l'entrée encombrée du combiné fax-téléphone, de plusieurs étagères chargées de documentation, d'une photocopieuse manifestement réformée et du bureau directorial lui aussi peu souvent utilisé, étant donné la "littérature" qui en fait disparaître le plateau. Notre étonnement amuse notre hôte. Lui, sa passion, c'est de mouler. Le reste est accessoire.

Chat C'est Chouette

Né il y a 43 ans en Algérie mais établi à Rouen depuis 1965, Georges Pont a toujours fait des maquettes, d'avions, de bateaux ou de voitures. Depuis son plus jeune âge, il a collé, assemblé, découpé ou ajusté. De fil en aiguille, il a même collectionné. Ses jouets d'abord puis, dans les années 70, des kits. Finalement, il en vient à ouvrir, en 1982, une boutique qu'il baptise CCC pour Chat C'est Chouette. "Au départ, mon projet était d'ouvrir un magasin de collection, tournant non autour de miniatures automobiles mais de figurines d'animaux explique-t-il. Si l'idée est abandonnée, j'ai gardé ce nom car il m'amusait." En fait, l'homme est plein d'humour comme le prouvent les circulaires relatives à sa marque de kits. Car, dans la foulée du magasin, Georges Pont sort une série de véhicules d'incendie réalisés en collaboration avec Minitrucks. Le premier est un Berliet GLCK, choix qui ne doit rien au hasard puisqu'il en existe un à Rouen. Mais à vouloir mélanger tous les genres, Georges se perd dans les méandres de la finance. Alors en 1984, il cède le magasin, passant un accord avec son successeur qui conserve le nom, si bien qu'aujourd'hui sous l'abréviation CCC, on trouve une boutique et un fabricant de modèles réduits qui n'ont comme point commun que le seul fait d'être installés dans la préfecture de la Seine-Maritime. Plus grave, pour venir à bout de certains soucis, Georges doit revendre sa collection. De cette époque, il perd l'envie de posséder des modèles : "Aujourd'hui, il m'arrive encore d'acheter des modèles que je trouve techniquement très beaux ou d'une qualité de montage exceptionnelle, mais j ne les conserve pas longtemps." Le voilà dorénavant consacré à 100% sur une gamme de kits qui conserve donc son nom original. Très vite, des autos viennent s'ajouter aux camions de pompiers mais, dans tous les cas, on reste dans les années immédiates après-guerre. La première CCC répertoriée est l'Hotchkiss victorieuse du Monte-Carlo 1949. Aujourd'hui épuisée, elle devrait réapparaître fin 99, remise aux standards actuels. Conscient de ne pas être un sculpteur né, il fait appel, à partir de 1987, à un maquettiste professionnel, François Debast qui, depuis la référence 20, assure la réalisation des protos. Lui, conserve le choix des modèles selon deux critères de base : l'amour et une bonne connaissance de la voiture échelle 1. Les voitures françaises sont son domaine de prédilection. Ferrari? Non, il y a trop de monde sur le marché. Idem pour les allemandes ou les anglaises. Et le voilà à dérouler des Vedette, des Frégate, des Hotchkiss, des DB Panhard, autant de modèles snobés par les autres artisans.

Les kits CCC ne figurent pas parmi les plus sophistiqués. Mais Georges se défend de faire dans le superficiel: "Par principe, nos modèles sont relativement détaillés d'où, d'ailleurs, des problèmes d'aspects. Quand une calandre, des poignées de portes ou un pare-choc sont moulés avec la carrosserie ou le châssis, c'est immédiatement plus présentable au client qu'un bout de résine sur lequel les lignes générales sont parfois cassées par des pièces livrées dans un sachet à part. Mais c'est ainsi chez CCC les pièces rapportées sont nombreuses. Et puis c'est ce qui fait le charme d'une voiture des années 50, ce sont tous ces enjoliveurs qui sont autant de pièces nickelées, impossibles à mouler avec le reste de la voiture." 15 ans durant, Georges Pont va donc éplucher les catalogues Peugeot, Simca, Citroën et, dans une mesure moindre. Renault. Maintenant, il estime avoir fait le tour de la question et il s'interroge sur la nouvelle orientation à donner à sa gamme. A l'après-guerre, il envisage de faire succéder les années 30, et de remonter ainsi le temps, "histoire de se retrouver seul et éviter les "pompages", technique qui a tendance à se développer entre artisans de manière pénible. Il est de fait, que des bases industrielles ont servi de points de départ à de nombreux kits, mais maintenant, ce sont des kits qui servent de mère-porteuses à d'autres kits, ce qui est passablement écoeurant. Certes deux ou trois rajouts ou modification empêchent de crier au voleur, mais il n'y a qu'à voir certaines dimensions anémiées en raison de rétreints successifs pour comprendre que certains réduisent à peu de choses les frais de prototypes."

La série Classiques en demi-sommeil

En fait, CCC est à un croisement. Un examen de ses comptes lui fait comprendre qu'aujourd'hui mieux vaudrait qu'il arrête sa propre gamme pour gagner un peu d'argent. Ainsi, la série Classiques, des modèles tout montés à la finition simplifiée est en demi sommeil : "il n'y aura pas de nouveauté pour des questions de rentabilité et mes modèles sont mal positionnés sur le marché actuel car trop chers et pas assez fignolés par rapport aux standards de Starter, Jolly Model ou autres. Mais l'idée de ne plus rien créer est dure à passer, surtout que des collectionneurs me demandent toujours telle ou telle voiture, sachant qu'aucun autre artisan ne s'y intéressera. Jusqu'à peu, ce sont mes concurrents qui avaient raison. Mais quand je vois tous les problèmes que soulève le fait de toucher àn l'actualité, je suis bien content de m'occuper d'une autre période. Et puis, il faut être le premier car à chaque nouveau modèle actuel figure deux, trois ou quatre gammes. Ceci étant, financièrement, mieux vaudrait que je m'en tienne carrément à la sous traitance". Car 60% de son chiffre d'affaires à travailler pour les autres. Il est mouleur attitré de nombreuses marques, dont certaines n'ont rien à voir avec les la miniature auto. Figurines de bandes dessinées, fonderie des accessoires en métal blanc pour Provence Moulage, moulage et fonderie pour l'Obsidienne (gamme au 1/87), Replicars, Européen Model Production ou un magasin américain, réalisation d'engins de travaux publics pour un club de collectionneurs, Georges travaille aussi bien le white-métal que la résine polyester ou la résine polyuréthane, utilisant cette dernière en particulier pour sa gamme. Là, devant la pompe à vide ou la centrifugeuse, il se fait plaisir. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard que les pièces de moulage sont parfaitement rangées. C'est son domaine quotidien, celui où il est parfaitement à l'aise. Le reste de son atelier, il faut vraiment que des journalistes veuillent lui rendre visite pour qu'il y consacre un peu de temps. Depuis peu, Georges peut d'ailleurs compter sur un salarié pour s'occuper du commercial. Une condition pour que vive CCC.

Depuis la rédaction de cette article, la suite de l'histoire... (par MINI-AUTOS)

L'entreprise a été reprise en 2013 par Nils Hévia artisan mouleur, elle est aujourd'hui constituée de 2 salariés, lui-même pour le moulage et Pierre-François Garot responsable commercial. Cette structure relance toute la production de Georges Pont à l'exception de la gamme CITROËN DS CHAPRON rachetée par Alexandre Martin (MINI-AUTOS.FR) et qui est cours de ré édition avec l'aide de Nils Hevia pour la fourniture des accastillages.  

Adresse du site Internet de la nouvelle société : www.cccmodelcars.com

Georges Pont quant à lui exerce encore sur Ebay sous le pseudo : garaj76